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PALESTINE – ISRAEL : SOLUTIONS A UN ÉTAT, DEUX ÉTATS


jeudi 8 juin 2017, par Pierre LANGLOIS

« Un État, deux États… dix États, ce n’est pas notre problème ; ce que nous voulons aujourd’hui, c’est pouvoir vivre comme vous ici avec les libertés de penser, d’agir, de circuler… » : voici la réponse d’un étudiant palestinien à cette question lors des Huit Heures pour la Palestine.
En effet, nous avons l’habitude de dire que c’est aux Palestiniens de faire ce choix qui est l’objectif final d’un processus de règlement de ce conflit centenaire. Mais plus le temps passe, plus cet objectif final paraît lointain. L’objet de cette réflexion est d’essayer de faire le point sur les tenants et aboutissants de ces solutions, de décoder ce qui se cache derrière elles, leur viabilité et les intérêts en jeu.
D’abord retrouver ce qui définit un État. Depuis quand se pose le choix entre ces 2 options : un État pour 2 peuples (État binational) ou deux États ? Quels en sont les promoteurs ? Quelle est la situation actuelle, géopolitique et sur le terrain ?

1/ Parler de « solution » passant par la création d’un État de Palestine, cela renvoie à la définition de ce qu’est un « État » : "Communauté de femmes et hommes, fixée sur un territoire propre et possédant une organisation d’où résulte pour le groupe envisagé dans ses rapports avec ses membres une puissance suprême d’action, de commandement et de coercition ». (d’après Carre de Malberg)
Autrement dit :
1) Un territoire cohérent avec une continuité non entravée entre ses différentes parties éventuelles
2) Une souveraineté identique sur tout ou partie de ce territoire
3) Une régulation autonome des mouvements de sa population
4) Une capacité à défendre son intégrité.

2/ La question des frontières
Historiquement, la Palestine était une province de l’empire ottoman dont les limites ont été retracées dans les accords « Sykes – Picot » en 1917 et ont évolué pendant plus d’une décennie après la première guerre mondiale avec, en particulier, la création de la Jordanie. Dans cette entité ottomane et du mandat, vivait une population arabe de toutes les confessions mais unie par des cultures proches. Seule, la souveraineté complète manquait puisque de l’empire ottoman, la Palestine est passée sous le mandat britannique.
L’ONU a, le 29 novembre 1947, établi le plan de partage de la Palestine entre Arabes et Juifs sur des frontières bien délimitées quant aux pays avoisinants mais le tracé délimitant à l’intérieur la séparation entre les territoires dédiés à la population juive et arabe, Cisjordanie, bande de Gaza est resté flou et complexe accordant en fin de compte 56% du territoire à l’État juif et 44% aux Palestiniens.
Le refus par les Palestiniens, en 1947, du plan de partage, et donc de la création l’État d’Israël, a impliqué que, pour eux, le problème de frontières avec un État juif ne se posait pas : un État palestinien ne s’envisageait que sur l’ensemble de la Palestine historique. La première guerre israélo-arabe, déclenchée suite à ce refus, a cependant rebattu les cartes localement aboutissant à une ligne d’armistice en 1948 appelée « ligne verte », modifiant déjà le tracé du plan de partage. Les différentes stratégies menées par l’OLP depuis la fin des années 50 ont pérennisé ce refus de partition de la Palestine, relayé aussi par les différents pays arabes, regroupés derrière le « front du refus : Syrie, Irak, Algérie, Sud Yémen, Soudan, Lybie, Soudan en 1977.
Du côté israélien, les dirigeants, depuis 1948, se gardent bien de définir la moindre frontière avec un État palestinien, n’ayant jamais abandonné le projet sioniste du « Grand Israël ». D’ailleurs, ils ne respectent pas plus les frontières avec les pays limitrophes, considérant comme acquises les annexions de la guerre des 6 jours : le Golan aux dépens de la Syrie, la rive est du Jourdain aux dépens de la Jordanie et Jérusalem aux dépens du statut international accordé à la ville par l’ONU en 1947. Dans le même ordre d’idée, il a fallu d’énormes pressions américaines pour qu’Israël restitue en 1982 le Sinaï à l’Egypte, qu’il occupait et colonisait depuis 1967, soit 15 années, et il a fallu aussi une résistance acharnée des miliciens chiites libanais pour que l’armée israélienne quitte le sud Liban en 2000 après 22 ans de présence (« opération Litani » de 1978, dont un des buts cachés était de détourner les eaux du fleuve du même nom).
En dépit de tentatives de dépassement des antagonismes, notamment en 1967 par des représentants politiques du Mapam et du FPLP, tous deux d’obédience marxiste, qui avaient élaboré le projet d’une fédération socialiste supranationale laïque et démocratique où Juifs et Arabes jouiraient des mêmes droits, le problème « un Etat / deux États » est resté en suspens.
Ce n’est qu’après 1990, que le problème des frontières s’est réellement posé dans le contexte d’un nouvel axe stratégique palestinien s’ouvrant sur la diplomatie, à la suite des revers militaires au Liban et à l’exil des dirigeants palestiniens en Tunisie.
Arafat voyant, à juste titre, que le temps jouait contre lui - puisque que l’OLP avait reconnu en 1988 les résolutions 242 et 388 de l’ONU - a accepté de reconnaître l’État d’Israël dans des « frontières » délimitées par la « ligne verte » de l’armistice de 1948-67. Cette énorme concession, qui ne laisse que 22% du territoire aux Palestiniens, la moitié donc de celui du plan de partage, a servi de base au lancement du processus d’Oslo.
Sur la question des frontières, il n’y a eu, de la part d’Israël, aucune réciprocité : Israël poursuit inlassablement, quel que soit le parti au pouvoir, une politique d’expansion territoriale : développement permanent de colonies, construction d’un mur de séparation empiétant largement au-delà de la ligne verte et le projet d’annexion pure et simple de la « Zone C » en Cisjordanie.
Aujourd’hui le constat est le suivant : le territoire dont disposent les Palestiniens est réduit à 10 % de la Palestine historique et, Israël ayant fait capoter le processus d’Oslo, toute négociation sur les frontières est rendue impossible.
Quant à la continuité territoriale, prévue aussi à Oslo, celle entre la Cisjordanie et la bande de Gaza est passée aux oubliettes et celle entre les « ilots palestiniens » des zones A/B en Cisjordanie est perpétuellement entravée par les check points de l’armée d’occupation et les « blocs de colonies ».

3/ Le peuple palestinien
Depuis 1948, le peuple palestinien subit une fragmentation du fait de la triple pression de la législation israélienne, de l’occupation et de la colonisation ; aujourd’hui on peut compter 5 types de Palestiniens qui très bientôt ne pourront plus avoir de relation entre eux :
1) les Palestiniens israéliens, subdivisés en citoyens, « déplacés intérieurs », « absents présents », bédouins et druzes. (1.6 M)
2) les Palestiniens de Cisjordanie, qui n’ont pas le même vécu selon qu’ils sont dans les différentes zones ou dans les différents camps de réfugiés de 1948 et 1967 (1.8M)
3) les Palestiniens de Jérusalem-Est (300.000)
4) les Palestiniens de la Bande de Gaza, sous blocus depuis 10 ans et soumis à des assauts meurtriers de l’armée israélienne. 80% sont des réfugiés qui vivent aussi dans des camps (2M).
5) les Palestiniens réfugiés dans les pays arabes depuis 1948 : ils sont essentiellement au Liban, en Jordanie et en Syrie, vivant aussi dans des camps depuis 1948 (2M).
On peut ajouter à ces catégories les Palestiniens de la diaspora, disséminés, surtout après avoir été chassés en 1991 des pays du Golfe, dans les différents pays occidentaux, l’Amérique du Nord et l’Australie (1M).
Pour Pierre Stambul, cette parcellisation du peuple palestinien est dans l’essence du colonialisme israélien qui veut la terre sans ses habitants.

4/ Comment, dans ce cadre, pouvoir évoquer un État souverain palestinien garant de l’intégrité de leur terre, de leurs droits et de leurs biens ?
Puisque c’est le contraire qui est à l’œuvre : l’échec d’Oslo a fait éclater l’OLP qui aurait pu remplir ce rôle ; sous perfusion de fonds européens, l’ « Autorité » palestinienne l’assure partiellement en Cisjordanie, le gouvernement du Hamas, sous perfusion qatari, à Gaza ; les réfugiés des camps en Cisjordanie, à Gaza et aussi dans les pays arabes survivent grâce à l’aide internationale (UNWRA) mais sont sans représentations politiques.
Par contre, on assiste à l’hégémonie du contrôle israélien, dans tous les domaines mais surtout sur la gestion des ressources (l’eau en particulier), sur l’économie, sur le contrôle des populations, sur la sécurité du territoire : police et armée.
Pourtant, les promoteurs de cette option : ONU, Europe et USA en tête (au moins jusqu’à la fin du mandat de B. Obama), continuent à la mettre en avant (cf. le discours de John Kerry de décembre 2016 au Département américain et les conclusions de la Conférence de Paris sur la Paix du 15 janvier 2017 en présence des représentants de 70 pays). Ces puissances « prennent en otage » l’Autorité Palestinienne dans cette promotion sans ne jamais faire aucune pression sur le gouvernement israélien pour qu’il modifie sa stratégie d’annexion territoriale, d’entrave à la vie des Palestiniens et à l’émergence de structurations étatiques. De plus, la plupart ne sont pas favorables à – ou ne font rien pour - la reconnaissance d’un État Palestinien !
Un État palestinien : est-ce une chimère que l’on agite devant nos yeux pour ne pas voir la réalité et plus le temps passe, plus cette option devient impossible ? La réponse n’est pas simple. Car beaucoup de Palestiniens pensent que la reconnaissance et la réalisation d’un Etat est une solution indispensable pour reconstituer la société palestinienne et pour aller éventuellement plus loin : un Etat binational.
C’est aussi l’avis de Nadia Hijab –directrice d’Al Shabaka et maître de conférences à l’Institut des Etudes Palestiniennes – dans un article du 15/02/17 « Ne pas lâcher prise sur la Ligne verte : c’est le talon d’Achille d’Israël ».

5/ La « solution » à un État ou à un État binational n’est pas une idée récente ; ce qui a changé, c’est la couleur politique de ses portes-voix, et donc de la définition même de cette option.
En gros, ce qui était une idée « de gauche » originellement palestinienne est en train de devenir une idée de l’extrême-droite israélienne. D’un État commun laïque et démocratique, qui était l’idée du FPLP et du Mapam , reprise par Edward SAID, en 93 - en désaccord avec le processus d’Oslo – puis par Eric Hazan et Eyal Sivan (auteurs d’ « Un État commun, entre le Jourdain et la mer » Ed. La Fabrique, 2012), et plus récemment encore par Avraham Yehoshua, écrivain et intellectuel et Gidéon Levy, journaliste à Haretz, nous passons à la notion d’un État unique à plusieurs vitesses, avec des droits différents selon que l’on est juif ou arabe – copie presque conforme de la réalité d’aujourd’hui - prôné par Naftali Benett (ministre israélien de l’éducation nationale).
Bien sûr, nous pouvons nous inquiéter quand Donald Trump annonce, en janvier dernier et en présence de B. Netanyahou, que la solution à deux Etats ne s’impose plus !
Pour Vincent Lemire, historien, spécialiste de l’histoire de Jérusalem, cette option binationale est un concept fourre-tout, utilisé de manière très ambiguë dans un contexte où les lignes politiques ont explosé. Il se heurte à deux verrous : l’horizon démocratique et l’horizon démographique, thèse développée aussi par J. Kerry plaidant pour deux États séparés.
Dans l’option État unique : s’il est démocratique, la population juive sera assez vite – au bout de 15 à 20 ans - minoritaire et les Juifs perdront assez vite le contrôle de l’Etat ; s’il s’agit de créer un Etat Juif, il s’installera un régime d’apartheid et pas de démocratie.
« Finalement, avec les victoires diplomatiques récentes (UNESCO, ONU), la démographie est la seule stratégie qui s’est révélée payante pour les Palestiniens » conclut V. Lemire.
Seul un « retournement de l’Histoire » - par exemple l’abandon par Israël de la politique coloniale, de l’occupation – peut permettre de sortir de ce dilemme.



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